¨ L’Histoire
Tout commence aux alentours d’Oxford en 1862, dans la chambre d’enfant d’une demeure Victorienne.
Là, autour d’un coffre a jouet se tiennent Alice et Ada, les deux poupées de porcelaine. Mais passe devant elles la peluche du Lapin Blanc.
La poupée Alice décide de se mettre en mouvement à la recherche de son identité; s’ouvrent alors les portes d’un monde nouveau.
Alice va questionner toute cette humanité deformée.
Elle ira de surprises en découvertes jusqu’au défi final que lui jettera la Reine de Coeur.
ª L’adaptation
Lewis Carroll a écrit une version pour les petits “The Nursery Alice” et a donné son accord pour une adaptation théâtrale en 1886, il écrit même un article intitulé “Alice on the stage.”
Dans notre adaptation nous avons privilégié une progression dramatique du récit, transformant certains poèmes en chansons, cherchant à être les plus fidèles à l’esprit de Carroll.
Notre spectacle inclus les chapitres suivants:
le terrier, la mare aux larmes, la maison du lapin, le ver à soie, cochon et poivre, le Thé chez les fous, le procès, et le terrain de croquet.
Le spectacle est tout public, (a partir de 7 ans).
“Les Aventures d’Alice” initialement écrit pour la petite Alice Lidell déborde très largement le cadre enfantin dans la profondeur de ses thèmes, on peut réèllement parler de plusieurs niveaux de lecture. Nous avons l’objectif de plaire aux enfants et d’enchanter les plus grands
“L’Existence après tout, n’est elle pas comme le lièvre quelque chose de cursif qui fait un bond dans la plaine, qui sort d’un bois plein de ténèbres pour se jeter dans une marnière, dans un grand trou creux?”
Gustave Flaubert, Correspondance
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Notes de Mise en
scène
· Nous avons choisi d’utiliser, la marionnette, le théâtre d’ombre et le masque, qui permettent de passer de l’inanimé a l’animé, d’appeler les spectres.
· L’utilisation de modes diverses de représentation vise à fuir le réalisme et à entraîner le spectateur dans le terrier de l’imaginaire.
· Jouer la poupée pour l’acteur c’est l’occasion de créer une transposition poétique, une partition gestuelle qui l’oblige à refuser le psychologisme.
· Nous avons voulu faire un spectacle d’époque « Angleterre des années 1860 » Costumes, accessoires, lumières, musiques mais aussi techniques de représentations ont été choisis et conçus dans cette optique. Et cela, pour des raisons esthétiques, mais aussi pour raviver chez l’adulte le sentiment du passé, lui permettre de renouer avec sa propre enfance.
· Pour rendre l’esprit décale de Lewis Carroll, il fallait jouer sur les oppositions, ainsi nous passons de la marionnette à l’acteur sur échasses, de la géante de foire à la silhouette d’ombre, de l’intérieur bourgeois a la baraque de Bartholomew’s Fair.
· Le spectacle est l’occasion de questionner le monde perceptif de l’enfance et celui de l’illusion théâtrale.
§ Scénographie
La première partie du spectacle se passe autour d’une malle de voyage transformable qui devient : le terrier, la maison du lapin ou le logis du ver à soie. Elle devient successivement castelet de marionnettes ou baraque de théâtre d’ombres.
Le Thé chez les fous est joué pendant l’entracte dans un autre espace que la salle à proprement parlé, et ne nécessite pas un décor particulier.
La dernière partie se déroule dans une baraque de foire avec toile peinte, guérite et jeux de massacre.
En changeant l’espace de jeu au cours du spectacle, le spectateur est invité à se questionner sur ses notions de vrai et faux, illusion et réalité, à se déplacer physiquement et mentalement.
“Ce qu’il y a d’essentiel dans le grotesque c’est la facon constante dont il tire le spectateur hors d’un plan de perception qu’il vient juste de deviner pour le mener dans un autre qu’il n’attendait pas.”
Vsevolod Meyerhold
¨ La Lumière
La lumière est conçue dans l’esprit du 19ème siècle avec beaucoup d’éclairages d’appoint: rampes, guirlandes foraines, lampes de fiacre, éclairage intérieur de la malle.
Les atmosphéres oniriques excluent tout éclairage direct, notre éclairage est ambré et bleueté, avec une recherche sur le sépia des premières photographies.
Nous jouons aussi avec l’ombre: disproportion, ombre projetée, figurines.
ª Costumes, masques, ombres et marionnettes
Nous avons cherché dans les costumes « l’époque Victorienne », mais aussi tout ce qui pouvait toucher à l’univers de la poupée.
Alice et sa soeur sont habillées en blanc, jupes, dentelles et rubans. Les couleurs dominantes sont noir, rouge et blanc.
Les masques du Lapin Blanc et du Lievre de Mars sont inspirés des figures de manège forain.
Le Ver à Soie, la Souris, et à certains moments Alice sont des marionnettes.
Le Chat du Cheshire est joué en figurine d’ombre.
© La Musique
La musique est partie intégrante du spectacle, elle organise l’espace intérieur de l’acteur et du spectateur.
Mélodies populaires anglaises jouées au violon ou chantées par les comédiens.
Utilisation de boîtes à musique pour les poupées.
Pour la deuxième partie, nous nous servons de musique d’orgue foraine.
Le spectacle est ponctué de morceaux que Prokofiev a écrit pour la scène, notamment pour le ballet « Roméo et Juliette ». Nous avons trouvé là, la vivacité et l’expressivité favorable à accompagner l’univers de Carroll.
“Il ne faut pas croire que le sentiment soit tout.
Dans les Arts, il n’est rien sans la forme”. Gustave Flaubert
§ Rêverie en guise d’épilogue
“ Paisible, immobile comme une barque qui vogue sur la rivière. Il fait chaud, les rames fendent les flots tranquilles. Au fond de la barque, les trois fillettes avec leurs ombrelles blanches, écoutent attentives Mr Dodgson* qui improvise une histoire. Duckworth, lui rame, il a enlève son veston, il est rouge de sueur.
“Comme un dindon” pense la petite Alice Lidell*. Passe sur l’eau un canard et sur la rive en face une dame et son petit chien qui court dans l’herbe. Les petites filles sont distraites un instant, mais Dodgson habilement les ramène à son récit. Tout est calme, sous ce grand soleil de juillet 1862. On pense aux peintures de Puvis de Chavanne et à son bois sacre. D’ailleurs dans ce sanctuaire de l’esprit et de la connaissance qu’est Oxford la rivière ne peut que s’appeler L’Isis.
Ailleurs plus loin la Reine Victoria* peut bien s’agiter comme l’Ogresse du siècle, étendre sur le monde les multiples bras de sa puissance, Dodgson qui va bientôt devenir Carroll est en train d’effectuer sa métamorphose. Il a bien failli choisir la voie religieuse, mais a compris que l’appel venait d’ailleurs. Le professeur perd son enveloppe pour devenir conteur, écrivain, et non des moindres. Il va pouvoir enfin faire surgir de lui même les ombres qui le hantent: perte d’identité, discontinuité de l’Etre. Mettre en scène sa difficulté avec les femmes et cela en toute impunité sous les traits d’animaux et de personnages ridicules. Il est en train de sortir de son labyrinthe. Il se réveille d’un long sommeil.”
Pascal Guarise.
*Dr Charles Lutwig Dodgson est le veritable nom de Lewis Caroll.
*Alice Lidell est la petite fille qui a inspire le personnage d’Alice.
*La Reine Victoria dirige l’Empire Britannique pendant 60 ans.